La dissertation de culture générale est l’épreuve la plus redoutée des concours administratifs ivoiriens, de l’ENA aux concours de catégorie B. Elle ne mesure pas l’étendue de vos connaissances, mais votre capacité à raisonner avec ordre sur une question. Ce cours vous donne une méthode complète, étape par étape, et l’applique à un sujet ivoirien, de l’analyse des termes jusqu’au plan détaillé.
Ce qu’est vraiment une dissertation
Disserter, c’est répondre de manière argumentée et organisée à une question qui fait débat. Le sujet peut être une question directe (« L’école doit-elle préparer à l’emploi ? »), une affirmation à discuter, une citation à commenter ou une simple notion (« La jeunesse et le travail »). Dans tous les cas, le correcteur attend la même chose : que vous repériez le problème caché derrière le sujet, que vous le formuliez clairement, puis que vous le traitiez selon un plan progressif, appuyé sur des arguments et des exemples.
Une dissertation n’est ni un exposé de connaissances, ni un texte d’opinion. Ce n’est pas un exposé, car il ne s’agit pas de tout dire sur un thème ; ce n’est pas une opinion, car votre point de vue doit être démontré, nuancé et confronté à d’autres positions. Le jury évalue un raisonnement.
Aux concours de niveau licence et master, la dissertation dure généralement de trois à quatre heures et la copie compte souvent entre quatre et huit pages. Au niveau BAC, on parle parfois de « rédaction » ou de « sujet de réflexion » : la méthode est la même, en format réduit.
Gérer son temps le jour de l’épreuve
La première cause d’échec est la mauvaise gestion du temps. Pour une épreuve de quatre heures, voici une répartition réaliste :
- 30 à 45 minutes : analyse du sujet, recherche d’idées au brouillon, problématique.
- 30 minutes : construction du plan détaillé au brouillon (parties, sous-parties, arguments, exemples).
- 20 minutes : rédaction complète de l’introduction et de la conclusion au brouillon.
- 2 heures : rédaction au propre du développement.
- 15 minutes : relecture attentive (orthographe, accords, oublis).
Pour une épreuve de trois heures, réduisez chaque phase proportionnellement, mais ne supprimez jamais la relecture. Et ne rédigez jamais tout le développement au brouillon : vous n’aurez pas le temps de le recopier.
Étape 1 : analyser le sujet
L’analyse du sujet est l’étape décisive. Une erreur à ce stade entraîne le hors-sujet, sanctionné très lourdement. Prenez le temps de lire le sujet plusieurs fois et de le décomposer.
- Recopier le sujetÉcrivez-le en haut de votre brouillon, en gros, et soulignez chaque mot important. Cela évite de le déformer au fil de la réflexion.
- Définir chaque termeDonnez pour chaque mot clé son sens courant, ses sens particuliers (juridique, économique, historique) et ses synonymes. Exemple : dans « L’État doit-il tout faire pour la jeunesse ? », le mot « État » peut désigner l’administration centrale, mais aussi l’ensemble des pouvoirs publics, y compris les collectivités territoriales.
- Repérer les mots outilsLes petits mots changent tout : « doit-il », « peut-on », « seulement », « d’abord », « tout ». Ils indiquent la nature du débat. Exemple : « tout faire » invite à s’interroger sur les limites de l’action publique et sur la part de responsabilité des familles, des entreprises et des jeunes eux-mêmes.
- Délimiter le sujetPrécisez le cadre dans l’espace (Côte d’Ivoire, Afrique, monde) et dans le temps (depuis l’indépendance, aujourd’hui). Un sujet sans cadre explicite se traite généralement à partir du contexte ivoirien, élargi à l’Afrique et au monde.
- Identifier le type de sujetQuestion fermée (oui ou non), question ouverte (comment, pourquoi), citation, notion, comparaison de deux termes. Le type de sujet oriente déjà le choix du plan.
Étape 2 : rechercher les idées
Une fois le sujet compris, notez au brouillon, en vrac, tout ce qui vous vient à l’esprit : arguments, exemples, chiffres dont vous êtes sûr, dates, institutions, programmes publics, faits d’actualité. Ne triez pas encore. Pour ne rien oublier, balayez systématiquement plusieurs domaines :
- Politique et institutionnel : Constitution, institutions, décentralisation, partis, élections.
- Économique : croissance, agriculture, emploi, secteur informel, investissements, infrastructures.
- Social : éducation, santé, famille, urbanisation, inégalités, jeunesse.
- Culturel et moral : traditions, religions, valeurs, langues, arts, médias.
- International : intégration régionale (CEDEAO, UEMOA), Union africaine, coopération, mondialisation.
- Historique : grandes étapes de l’histoire nationale et africaine.
Tenez pendant votre préparation un cahier d’exemples classés par thème (jeunesse, environnement, santé, gouvernance, numérique, femme, éducation). Le jour du concours, vous puiserez dedans au lieu de chercher dans le vide.
Étape 3 : formuler la problématique
La problématique est la question centrale à laquelle votre copie va répondre. Elle découle du sujet, mais elle n’en est pas la simple répétition : elle fait apparaître la tension, la difficulté, le paradoxe que le sujet contient. Une bonne problématique montre au correcteur que vous avez compris pourquoi le sujet pose problème.
- Repérer la tensionCherchez ce qui s’oppose dans le sujet : deux valeurs, deux intérêts, une idée reçue et la réalité, un objectif et ses moyens. Exemple : « L’école doit-elle préparer à l’emploi ? » oppose une vision utilitaire de l’école (former des travailleurs) et une vision humaniste (former des citoyens et des esprits libres).
- Formuler une question claireÉcrivez une question principale, éventuellement accompagnée de deux ou trois sous-questions qui annoncent les parties. Évitez d’empiler dix questions.
- Vérifier la cohérenceVotre plan doit répondre exactement à cette question. Si une partie ne s’y rattache pas, c’est la partie ou la problématique qu’il faut revoir.
Une problématique qui se contente de reprendre le sujet mot pour mot (« Nous nous demanderons si l’école doit préparer à l’emploi ») est jugée pauvre. Reformulez en faisant apparaître l’enjeu : « Faut-il faire de l’insertion professionnelle la mission première de l’école, au risque de sacrifier sa vocation de formation du citoyen ? »
Étape 4 : choisir le type de plan
Il n’existe pas de plan unique. Le plan découle de la problématique. Voici les principaux types utilisés dans les concours.
Le plan dialectique
Il convient aux questions fermées et aux citations discutables. Il se construit en trois temps : thèse (oui, dans une certaine mesure), antithèse (mais des limites existent), dépassement ou synthèse (une réponse plus nuancée ou une condition nouvelle). Le troisième temps ne doit pas être un simple compromis « un peu des deux » : il doit apporter une idée nouvelle.
Le plan analytique
Il s’applique aux sujets qui décrivent un phénomène ou un problème : constat (causes et manifestations), conséquences, solutions. Très utilisé dans les concours administratifs pour les sujets de société (« La délinquance juvénile en milieu urbain »), il permet de finir sur des propositions concrètes, ce que le jury apprécie chez un futur fonctionnaire.
Le plan thématique
Il traite le sujet sous plusieurs angles : économique, social, politique, culturel. Il convient aux sujets-notions (« L’eau, enjeu du XXIe siècle »), mais il présente un risque : devenir un catalogue sans progression. Chaque partie doit donc faire avancer la réponse.
Le plan comparatif
Pour les sujets mettant en relation deux notions (« Tradition et modernité », « Liberté et sécurité »), on étudie leurs rapports : opposition, complémentarité, puis articulation souhaitable.
En deux ou trois parties ? Les deux sont acceptés dans la plupart des concours ivoiriens. Le plan en deux parties, chacune divisée en deux sous-parties, est courant à l’ENA et dans les concours juridiques ; le plan en trois parties reste très répandu en culture générale. L’essentiel est l’équilibre entre les parties et la progression.
Étape 5 : rédiger l’introduction en cinq temps
L’introduction est la première impression que reçoit le correcteur. Elle doit être rédigée entièrement au brouillon et compter, pour une copie de concours, entre quinze et vingt-cinq lignes. On la construit en cinq temps.
- L’accrocheUne phrase d’entrée qui situe le sujet dans un contexte concret : un fait d’actualité, une donnée historique, une situation courante. Évitez les formules creuses comme « De tout temps, les hommes… ». Exemple : « Dans les gares routières d’Adjamé comme dans les campements de l’Ouest, une même inquiétude revient chez les jeunes diplômés : trouver un emploi. »
- La présentation du sujetCitez le sujet ou reformulez-le fidèlement, puis montrez son lien avec l’accroche.
- La définition des termesDéfinissez les mots clés de façon utile, en montrant les différents sens possibles lorsque c’est pertinent.
- La problématiqueFormulez la question centrale, sous forme interrogative directe ou indirecte.
- L’annonce du planAnnoncez clairement les parties, sans lourdeur. Exemple : « Si l’école ivoirienne a indéniablement vocation à préparer à l’emploi (I), elle ne saurait s’y réduire sans renoncer à sa mission de formation du citoyen (II). »
Étape 6 : rédiger le développement
Chaque partie commence par une courte phrase d’introduction partielle qui annonce l’idée directrice et ses sous-parties. Chaque sous-partie est composée de paragraphes argumentatifs construits selon le schéma suivant : une idée (l’argument), une explication (pourquoi c’est vrai), un exemple précis (qui le prouve), une conclusion partielle (ce que cela apporte à la réponse).
Sautez une ligne entre les paragraphes et deux lignes entre les grandes parties. Les titres apparents ne sont généralement pas admis dans la dissertation de culture générale : c’est la rédaction elle-même qui doit rendre le plan visible.
Les transitions
La transition relie deux parties. Elle fait le bilan de la partie précédente en une phrase, puis annonce la suivante en montrant pourquoi elle est nécessaire. Exemple : « Ainsi, l’école demeure le premier instrument d’insertion professionnelle des jeunes Ivoiriens. Mais réduire sa mission à la seule employabilité reviendrait à oublier qu’elle forme aussi des citoyens appelés à vivre ensemble. »
Étape 7 : rédiger la conclusion
La conclusion, rédigée elle aussi au brouillon, comporte deux temps. D’abord le bilan : vous répondez clairement à la problématique en rappelant le chemin parcouru, sans recopier les parties. Ensuite l’ouverture : vous élargissez vers une question voisine, une perspective d’avenir ou une proposition. L’ouverture doit rester liée au sujet ; une question gratuite ou trop vaste affaiblit la fin de copie.
Les erreurs à éviter
- Le hors-sujet : traiter un thème voisin (l’emploi en général au lieu du rôle de l’école dans l’emploi).
- La récitation : placer un cours appris par cœur sans l’adapter au sujet.
- Le catalogue d’exemples : empiler des faits sans les relier à un argument.
- Les parties déséquilibrées : une première partie de trois pages et une dernière de dix lignes.
- Le « je » envahissant et les jugements moraux sans argument ; préférez « nous » ou les tournures impersonnelles.
- Les exemples inexacts : un chiffre faux ou une date erronée ruine la crédibilité d’un argument. Dans le doute, restez qualitatif.
- La copie inachevée : mieux vaut une troisième partie plus courte qu’une copie sans conclusion.
Comment la copie est notée
Les barèmes varient selon les concours et ne sont pas toujours publiés, mais la plupart des grilles de correction s’organisent autour des mêmes critères. Voici une répartition indicative sur 20 points, qui vous aide à comprendre où se gagnent les points :
- Compréhension du sujet et problématique : environ 4 points.
- Qualité et cohérence du plan : environ 4 points.
- Argumentation et pertinence des exemples : environ 6 points.
- Introduction et conclusion : environ 2 points.
- Expression, orthographe et présentation : environ 4 points.
Ce barème est indicatif. De nombreux jurys appliquent en outre une pénalité en cas de hors-sujet ou de fautes d’orthographe nombreuses.
Exemple complet : de l’analyse au plan détaillé
Appliquons toute la méthode à un sujet typique des concours administratifs ivoiriens.
Sujet : « La cohésion sociale est-elle la condition première du développement de la Côte d’Ivoire ? »
1. Analyse des termes
- « Cohésion sociale » : capacité d’une société à maintenir des liens solides entre ses membres et ses communautés, malgré leurs différences ethniques, religieuses, régionales ou sociales. Elle suppose la confiance, le sentiment d’appartenance commune et la réduction des fractures.
- « Condition » : ce sans quoi une chose ne peut pas exister. Une condition peut être nécessaire (indispensable) sans être suffisante (elle ne garantit pas le résultat à elle seule).
- « Première » : mot clé du sujet. Il invite à hiérarchiser : la cohésion vient-elle avant l’éducation, les infrastructures, la bonne gouvernance, l’investissement ?
- « Développement » : amélioration durable des conditions de vie de la population, qui ne se limite pas à la croissance économique mais inclut l’éducation, la santé, l’emploi et la réduction des inégalités.
- Cadre : la Côte d’Ivoire, de l’indépendance à nos jours, avec des comparaisons possibles avec d’autres pays africains.
2. Idées au brouillon
Période de forte croissance après l’indépendance dans un climat de stabilité ; crises politico-militaires des années 2000 et crise post-électorale, avec leurs conséquences économiques (départ d’investisseurs, destruction d’infrastructures, déplacements de populations) ; reprise de la croissance après le retour de la stabilité ; création d’institutions dédiées à la réconciliation et à la cohésion ; mais aussi persistance des inégalités entre régions et entre villes et campagnes ; chômage des jeunes, qui peut fragiliser la cohésion ; rôle de l’éducation, de la santé et des infrastructures ; importance de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption.
3. Problématique
Le sujet oppose deux lectures : pour les uns, sans paix ni entente entre les communautés, aucun projet de développement ne tient ; pour les autres, c’est au contraire le développement, par l’emploi et le partage des richesses, qui crée la cohésion. D’où la problématique : la cohésion sociale est-elle un préalable au développement de la Côte d’Ivoire, ou n’en est-elle pas plutôt à la fois la condition et le fruit, dans une relation qui oblige à penser les deux ensemble ?
4. Plan détaillé
Introduction — Accroche : l’expérience ivoirienne récente montre qu’un pays peut perdre en quelques mois les acquis de plusieurs années lorsque le tissu social se déchire. Présentation du sujet, définitions, problématique, annonce du plan en trois parties.
I. La cohésion sociale, condition indispensable du développement
- A. Sans stabilité, pas d’investissement ni de production : les investisseurs nationaux et étrangers fuient l’incertitude ; les périodes de crise ont entraîné ralentissement de l’activité, fermetures d’entreprises et pertes d’emplois.
- B. La cohésion permet la mobilisation collective : les grands projets (routes, barrages, écoles) supposent l’adhésion des populations, notamment pour l’accès au foncier ; les conflits communautaires autour de la terre freinent l’agriculture.
- C. La cohésion garantit la continuité de l’action publique : l’administration, l’école et les services de santé ne fonctionnent pas normalement dans un pays divisé, comme l’ont montré les zones privées de services publics pendant la crise.
Transition : la cohésion apparaît donc comme une condition nécessaire. Mais suffit-elle, et vient-elle réellement en premier ?
II. Une condition nécessaire mais ni suffisante ni toujours première
- A. La paix ne crée pas à elle seule la richesse : sans éducation de qualité, sans infrastructures, sans financement ni bonne gouvernance, un pays stable peut rester pauvre.
- B. Le développement produit lui-même de la cohésion : l’emploi des jeunes, l’accès à l’eau, à l’électricité et aux soins réduisent les frustrations qui alimentent les tensions.
- C. Un développement inégal peut menacer la cohésion : les écarts entre Abidjan et l’intérieur, entre villes et campagnes, peuvent nourrir un sentiment d’abandon, ce qui montre que la croissance ne crée pas automatiquement l’unité.
Transition : cohésion et développement se nourrissent donc mutuellement. Il faut alors penser des politiques qui les construisent ensemble.
III. Construire ensemble cohésion et développement
- A. Un développement inclusif : répartition équitable des investissements entre les régions, programmes en faveur de l’emploi des jeunes et de l’autonomisation des femmes.
- B. Des institutions justes et crédibles : justice accessible, élections apaisées, lutte contre la corruption, décentralisation qui rapproche l’État des citoyens.
- C. L’école et la culture au service du vivre-ensemble : éducation civique, brassage des élèves, valorisation du patrimoine commun, rôle des chefs traditionnels et des guides religieux dans la médiation.
Conclusion — Bilan : la cohésion sociale est une condition nécessaire du développement ivoirien, car rien ne se construit durablement dans la division ; mais elle n’en est pas la condition unique et elle en dépend elle-même. Ouverture : à l’heure de l’intégration régionale, la question se pose aussi à l’échelle de la sous-région, où la stabilité de chaque pays conditionne la prospérité de tous.
Remarquez que chaque sous-partie contient une idée et un type d’exemple. Le jour du concours, il vous restera à rédiger chaque paragraphe en développant l’argument et en l’illustrant avec précision.
S’entraîner
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Cours rédigé par la rédaction de Projobivoire Concours, à partir des usages des concours ivoiriens.